Le petit renard blanc – Corine Demany

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Le petit renard blanc

Il était une fois un magnifique petit renard blanc.

Sa fourrure était si soyeuse et lumineuse que l’on aurait voulu s’y pelotonner à l’intérieur éternellement.

Ce renardeau était très très moqueur. Il prenait un malin plaisir à se quereller avec ses frères et sœurs sous le seul prétexte qu’il était le plus beau.

Le petit renard blanc adorait par-dessus tout rester pendant des heures à écouter chanter le vent et il lui confiait souvent :

“Avec la puissance de ton souffle, tu sèmes mes paroles et mes pensées moqueuses par-delà les océans. Je m’amuse énormément en ta compagnie mais aujourd’hui je le te l’avoues, dans cette vie je m’ennuie. Je te remercie d’être mon ami…”.

Puis il se mit à chanter à tue-tête : “Madame poule n’a plus de dent, écoutez-moi braves gens, madame poule n’a plus de dent”… Et il riait intérieurement tout en admirant son merveilleux pelage blanc.

Par une belle journée ensoleillée, une de celle où le ciel et la terre ne font qu’un, une de celle où le soleil sème les fleurs dans les cœurs tel un talentueux magicien, le petit renard blanc décida de faire l’école buissonnière en emportant dans sa tête la précieuse clé des champs.

Il admirait les fleurs sur le sol herbeux, lorsqu’il s’est arrêté en souriant devant la litière d’une vache bien grasse. Il pensait “Ha ha ha … Mais quel tableau…

La belle arrosait le sol d’un besoin pressant. Le tapis de fleurs jaune lumière irradiait sous son jet. La vache se croyait seule bien évidemment, mais elle a  entendu le vent lui susurrer à son oreille :

“Ma chérie, n’écoutes pas ce que ce petit coquin de renard va te dire ; N’aies pas honte de toi, c’est naturel. Tu vas lui pardonner ces paroles blessantes, un jour viendra où la sagesse lui parlera…”.

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Ensuite, le renardeau s’est mis à chanter très haut : “Ho la vilaine, elle arrose les fleurs de son lit, ho la vilaine, je vais dire à tout le monde qu’elle fait pipi au lit…”.

– Maintenant vous savez d’où vient l’origine du nom des fleurs de pissenlit… –

La belle vache était triste malgré les paroles envoûtantes du vent et elle s’est mise à pleurer juste pour faire semblant.

Elle voulait faire croire au renardeau qu’elle était très peinée. Elle lui a dit en sanglotant : “Non, ne dis rien bel ange de lumière. J’ai honte tu sais, mais je ne peux pas faire autrement. Ne le répètes à personne et tu seras récompensé…”.

Le petit renard s’est mis à glousser de rire puis il a dit : “Que neni, que neni… Tout le monde saura que la vache fait pipi au lit …”.

Puis il reprit sa route en souriant. Il disait au vent “allez mon ami, va vite répandre la moqueuse nouvelle, tout le monde est impatient…”.

Mais le vient changea brusquement de direction. Il susurrait à l’oreille du renardeau : “Vas t’abreuver au bord de cette rivière ma beauté céleste, et reposes toi un instant”.

Le petit renard s’est immédiatement exécuté. Il s’est approché le plus près possible de la berge et il vit son reflet dans l’eau qui était très claire en surface en cet endroit. Mais, dans son narcissique ego, il n’avait même pas remarqué que le fond de la rivière était les toilettes publiques des vaches et des chevaux.

Le vent disait “tous les cieux t’admires et même les fonds des océans. Approches toi encore pour que ce petit poissons puisse dire aux autres ô combien ton visage est doux et ton âme gentille…”.

Le petit renard s’est interrogé sur la teneur de ces paroles mais il n’y a pas plus porté attention. Bien au contraire ; Ses poumons se sont gonflés d’orgueil et il a continué de se mirer dans l’eau pendant de longues minutes.

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Puis, au bout d’un moment, le vent lui a dit : “Mais, dis-moi ? Tu as une petite ride au coin de ta jolie bouche, ne la vois-tu pas ? Le renardeau s’est penché tellement qu’il est tombé comme une lourde pierre au fond de l’eau toute crottée.

Il est resté embourbé un long moment et a dû fournir de gros efforts pour se sortir de cette mauvaise posture.

Le petit renard s’est hissé le long de la berge en haletant, car bien évidemment, il avait eu très peur.

Il s’est étendu au soleil moqueur pour se sécher et s’est assoupi un instant. Mais lorsqu’il s’est réveillé les enfants …

CATASTROPHE…

Son beau pelage blanc était très sale et puant. Il s’est mis à pleurer toutes les larmes de son corps car il avait honte de lui et ne savait pas quoi faire.

Heureusement, la vache qui était dans le champ l’après-midi même, passait justement par là.

Elle lui a tiré la patte pour l’aider à se lever, lui a séché ses larmes puis l’a embrassé sur ses joues toutes crottées.

Elle lui a dit : “Vas vite à la cascade qui se trouve à deux pas d’ici ; Si tu le désires, je pourrais même t’accompagner et je te frotterais la peau…”.

Le petit renard était subjugué par les paroles enchanteresses de la vache qu’il avait voulu humilier. Il s’est demandé un instant d’où venait la lumière lorsqu’elle clignait des yeux -qu’il trouvait d’ailleurs ravissants-…

Comme il se faisait tard, ils sont partis tous deux, bras dessus, bras dessous et depuis ce jour ne se sont jamais quittés.

C’est beau l’amitié lorsqu’on sait en profiter…

– Fin –

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